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Discours de l‘Amiral: Le rôle de la Marine royale canadienne

Le Vice-amiral Paul Maddison, le commandant de la Marine royale canadienne, a parlé de la relation durable entre la puissance maritime et le fonctionnement du monde en tant que système politique, économique et judiciaire, au cours de son discours à la conférence 2011 de l'Association chaîne d'approvisionnement et logistique Canada.

 

Mesdames et messieurs, je suis très heureux d’être ici aujourd’hui pour vous relater l’histoire de la marine.

Le rôle de la Marine royale à l’époque de Napoléon ressemble beaucoup au rôle actuel de la Marine canadienne. Elle rappelle la relation durable entre la puissance maritime et le fonctionnement du monde en tant que système politique, économique et judiciaire. Cette relation est au cœur du message que je veux vous transmettre aujourd’hui.

Je tiens à souligner dès le départ que vous représentez un public exceptionnellement important pour la Marine canadienne. Je compte vous prouver que le travail de votre marine est étroitement lié au travail essentiel de votre industrie : par la chorégraphie extrêmement complexe et délicatement minutée des biens partant des centres de production du monde entier pour venir jusqu’aux centres de consommation du Canada, et les systèmes logistiques intégrés et perfectionnés qui rendent tout cela possible. Ce que je vous propose aujourd’hui est de vous montrer comment le travail de la Marine est lié à votre industrie, non pas d’une manière floue et indirecte, mais bien essentielle, même existentielle.

Je suis également ici parce que ceux qui portent l’uniforme de la Marine sont les gardiens modernes d’une institution nationale précieuse qui, cette année, a entamé son deuxième siècle de service envers ce pays – une institution navale qui appartient à tous les citoyens de notre grande démocratie, à vous.

Enfin, les outils que nos marins utilisent dans le cadre de leur travail toujours difficile et souvent dangereux – les navires, les aéronefs et les sous-marins de notre flotte – proviennent des richesses que les industries telles que la vôtre produisent. J’estime que, pour cette raison, nous sommes dans l’obligation de nous assurer que vous comprenez les fonctions essentielles que nous remplissons en votre nom.

Je suis ici pour vous parler de l’histoire de notre marine : notre raison d’être (pourquoi nous existons), nos plates-formes (ou nos navires et nos sous-marins) et nos membres (qui représentent le cœur du service). Mais je ne me contenterai pas de vous conter cette histoire. Je veux confier la mission à chacun de vous de la raconter à d’autres Canadiens.

Le récit de deux photos

Les Canadiens connaissent maintenant bien les hommes et les femmes déployés en Afghanistan depuis de nombreuses années – qui tentent d’améliorer le monde en accomplissant avec compétence, détermination, sens du devoir et compassion une mission complexe et dangereuse dont le prix nous est rappelé bien trop souvent, chaque fois que nous assistons, à Trenton, aux cérémonies de rapatriement de ceux qui sont tombés au combat. Il ne fait aucun doute que les Canadiens admirent sans réserve les militaires et comprennent leur mission.

D’un autre côté, la plupart des Canadiens ne comprennent ni la relation de leur nation avec la mer ni la manière dont le travail de leur marine est directement lié à leur vie quotidienne, et ce, pour diverses raisons, toutes très bonnes. Les gens se définissent plus naturellement par la géographie de leur pays que par son océanographie. L’histoire du Canada a été surtout contée du point de vue de ceux qui ont surmonté les difficultés que représentent un territoire énorme, rude et magnifique et un climat nordique impitoyable.

Notre géographie domine également dans d’autres domaines. Par exemple, la population canadienne considère généralement la prospérité du Canada en fonction de son accès à l’économie la plus riche du monde – celle des États‑Unis – et des réseaux de ponts, d’autoroutes et de voies ferrées qui permettent le transport des biens en Amérique du Nord, ce qui est totalement compréhensible. Mais comme vous le savez, l’économie exceptionnellement intégrée de l’Amérique du Nord n’est en fait qu’une part d’une économie mondiale bien plus vaste qui, comme la partie cachée de l’iceberg, soutient le commerce continental et à laquelle les Canadiens participent chaque fois qu’ils effectuent un achat, que ce soit dans un magasin à grande surface, à l’épicerie du coin ou à la station-service locale.

Mais peu importe la raison, bien des Canadiens ont de la difficulté à imaginer ce qu’est la vie d’un marin professionnel et ne comprennent pas complètement le rôle des marines militaires. Laissez-moi tenter d’illustrer ces problèmes et les défis qu’ils présentent en vous racontant ce que j’aime appeler le récit de deux photos.

Voici une première photo. Pendant une patrouille, une jeune femme soldat attentionnée prend le temps de s’entretenir avec une jeune fille tenant un enfant. À l’arrière, on voit bien les autres membres de son équipe de combat, tous très vigilants et professionnels.

Y a-t-il une seule personne dans ce pays qui ignore ce que ces personnes font ou pourquoi il est nécessaire que des gens comme eux aillent dans cette région lointaine et dans le besoin? La seule personne qui ne serait pas remplie de fierté de voir la feuille d’érable sur leur épaule? Qui ne saurait pas instantanément à quoi sert l’armée et à quel point elle est utile de nos jours?

Voici maintenant une deuxième photo. Un élégant navire de combat voguant sur la mer et ayant pour seul compagnon l’horizon. Quel Canadien – mis à part quelqu’un comme moi qui trouve plutôt sexy l’image d’un navire voguant en soulevant de l’écume – quel citoyen moyen de la région du Grand Toronto, à la vue de cette photo, comprendrait pourquoi son pays possède une marine, pourquoi il en a besoin et ce que fait cet organisme?

La différence entre ce que l’on perçoit de ces deux images est au cœur de ce qu’on entend par méconnaissance de la Marine – un manque de compréhension de la relation vaste et profonde du Canada avec la mer et donc un manque d’intérêt pour son importance en ce qui concerne notre prospérité et même notre mode de vie. Trop de gens, occupés à mener leur propre vie, ne savent même pas pourquoi ils devraient s’en soucier.

Les activités qui ont eu lieu l’an dernier à l’occasion du centenaire de la Marine ont permis aux marins comme moi de contribuer à changer la situation. Ce dont je vous parle aujourd’hui, et j’espère que vous en parlerez à d’autres, fait partie de nos efforts continus.

Mais retournons à notre navire de combat. Imaginez que vous refaites un zoom, qui inclut cette fois-ci un navire marchand escorté de près, un navire mandaté par les Nations Unies pour livrer des approvisionnements de secours en Afrique de l’Est. 

À l’automne 2008, pendant que le NCSM Ville de Québec était en opération en Méditerranée avec l’OTAN, une lettre du Programme alimentaire mondial de l’ONU est arrivée sur le bureau du premier ministre.

Cette lettre expliquait que les armateurs et les capitaines de navires refusaient de transporter en Somalie les denrées envoyées par le Programme alimentaire mondial, car les approches étaient devenues trop dangereuses, pour les précieuses cargaisons qu’ils transportaient. Pourtant, le Programme dépendait de cet approvisionnement par la mer pour répondre à une demande qui grandissait rapidement.

Le premier ministre avait une solution, soit la Marine canadienne, qui avait été déployée à l’avant. Même s’il était en mission avec l’OTAN, le Ville de Québec a été réaffecté et s’est dirigé à toute vitesse vers l’océan Indien par le canal de Suez. Aucune réaffectation de personnel n’a eu lieu; aucun matériel ou provision additionnel n’a été embarqué. On n’avait pas eu à consacrer du temps pour se préparer à une mission totalement nouvelle. En quelques jours, le navire était en service.

Alors qu’il escortait le premier chargement vers Mogadiscio, le commandant a aperçu des échanges de coups de feu au loin. Il n’a pas eu à lire les derniers rapports de renseignement pour comprendre que des missiles provenant de la côte représentaient une menace, mais la frégate qu’il commandait était conçue pour se défendre contre une telle menace. Le Ville de Québec était prêt à opérer en milieu hostile.

Pendant deux mois, plus de 150 000 tonnes d’approvisionnements en nourriture ont été livrées avec succès en Somalie : assez pour nourrir plus d’un million de personnes. La plupart des membres de l’équipage du navire ont affirmé qu’il s’agissait de la mission la plus satisfaisante de leur carrière — puisqu’ils ont pu mettre des compétences et des outils perfectionnés pour le combat au service de l’humanité.

La Marine est retournée deux fois dans cette région depuis que le Ville de Québec y a été déployé; avec le Winnipeg en 2009 et ensuite avec le Fredericton l’an dernier. Mais pourquoi le Canada est-il présent dans cette partie du monde depuis 1991? Pourquoi a-t-on déployé des groupes opérationnels ou des frégates individuelles plus de trente fois depuis la première guerre du Golfe Persique?

Laissez-moi répondre à ces questions en vous emmenant dans une tout autre direction – vers le Grand Nord canadien.

La parabole du changement

Tout comme les méridiens se rencontrent tous au pôle Nord, bien des facteurs et tendances du 21e siècle convergents vers l’Arctique. En fait, nous observerons probablement plus de changements dans l’Arctique au cours des trente prochaines années que la région n’en a connu depuis l’arrivée des Européens au Groenland.

En raison des changements climatiques, le Grand Nord sera considéré comme une route maritime commercialement viable entre l’Europe et l’Asie pour la première fois de l’histoire, bien plus tôt que ce qu’on croyait possible il n’y a que quelques années. Selon toute probabilité, la route maritime du Nord traversera le bassin arctique bien avant le légendaire passage du Nord‑Ouest.

Les avantages de ce passage du Nord longtemps recherché, sont si importants que les trajets de navigation du monde pourraient être susceptibles de subir des changements considérables. Par conséquent, les canaux de Suez et de Panama, ainsi que des ports importants aussi loin qu’à l’équateur, subiront tous de grands changements et des pertes de revenus possibles.

En effet, la région est en train d’être propulsée à l’avant-scène des affaires internationales, puisque les cinq États riverains – le Canada, le Danemark, la Norvège, la Russie et les États-Unis – revendiquent les vastes réserves énergétiques et minérales qui ont déjà été découvertes ou dont on soupçonne la présence dans le bassin arctique et sa périphérie.

Les changements climatiques et les progrès réalisés en matière de technologies d’extraction rendront probablement ces ressources commercialement exploitables peut-être des dizaines d’années plus tôt que ce qu’on croyait il y à peine quelques années. Ces progrès offriront une multitude de possibilités économiques, mais accéléreront également les changements sociaux. Cette nouvelle activité humaine d’une ampleur sans précédent dans le Grand Nord posera également des risques pour l’environnement.

C’est à cet avenir que les Forces canadiennes se préparent et, comme j’en parlerai plus tard, nous nous efforçons d’accélérer le développement des capacités maritimes conjointes et des Forces canadiennes afin de permettre la tenue d’opérations maritimes conjointes en vue de protéger notre souveraineté et notre sécurité au Nord ainsi que de garantir le développement pacifique de notre Grand Nord par le gouvernement.

Comme l’atteste l’accord sur le tracé des limites maritimes conclu récemment entre la Russie et la Norvège, nous n’avons aucun doute sur l’utilité de mettre sur pied des mesures de coopération pour modérer la concurrence touchant la zone océanique dans l’Arctique de faire appliquer des lois pour régler les différends. Toutefois, dans bien d’autres parties du monde, ce type de concurrence se transformera en affrontements et, possiblement, en conflits.

La politique océanique s’intensifie

Peu importe à quelle vitesse, ou à quelle fréquence, ces occurrences surviennent, il ne fait aucun doute que la politique océanique engendrera un ordre maritime mondial d’une complexité stratégique sans précédent, marqué par un potentiel latent mais grandissant de conflit entre les états au sujet de ressources océaniques et d’un accès assuré à des ressources stratégiques par la voie maritime.

C’est dans la région Indo-Pacifique que cette réalité est la plus évidente, car la politique océanique y tient déjà une place centrale. Dans la dernière année seulement, par exemple, nous avons été témoins de l’attaque non provoquée et du naufrage d’une corvette en patrouille au large de la péninsule coréenne, ce qui aurait été considéré comme un acte de guerre n’importe où ailleurs.

Nous avons également été témoins d’un conflit entre les deuxième et troisième pays les plus importants au monde du point de vue économique à cause d’un petit groupe d’îles dans la mer de Chine orientale. Le Japon a été forcé de baisser les bras devant la Chine après que cette dernière l’aurait menacé de diminuer fortement l’exportation d’oxydes des terres rares, se servant de sa position dominante dans la production d’oxydes et de métaux des terres rares pour mettre en danger des secteurs entiers de l’économie du Japon.

La Chine, pays qui connaît la plus forte croissance parmi les puissances maritimes émergentes de ce siècle, a récemment soutenu que ses principales vulnérabilités et menaces ne sont pas d’origine terrestre, mais bien maritime.

Il ne s’agissait pas seulement d’une déclaration étonnante de la part d’un état qui s’est concentré pendant des millénaires à protéger ses territoires contre de menaces provenant de l’intérieur des terres. Je considère que c’était également inévitable, car la Chine a dû admettre une réalité persistante sur le fonctionnement du monde – une réalité exprimée avec éloquence il y a quelque 500 ans par le voyageur portugais Tomé Pires dans le langage puissant caractéristique du début du 16e siècle, quand il a dit que, « quiconque est seigneur de Malacca tient Venise à la gorge. » Dans le contexte mondial actuel, cette réalité s’applique autant à Singapour, à Vancouver, à Mumbai ou à Halifax qu’à l’empire vénitien de l’époque.

Le commerce maritime et le réseau mondial

Bien des Canadiens voient les océans du monde comme de grands espaces vides. C’est ce qu’on voit sur cette diapositive, qui illustre tout de même un fait stratégique essentiel : 80 % de la population mondiale habite au plus à 200 kilomètres d’un océan. La plupart de ces personnes vivent dans des États où les effets d’un changement à grande échelle dans toutes ses dimensions – sociale, démographique, politique, technologique et climatologique – se feront sentir au cours des dix prochaines années, comme ce qui se déroule dans le monde arabe en ce moment.

Mais regardez encore une fois ces grands espaces apparemment vides...et regardez-les avec mes yeux – les yeux d’un marin professionnel. De nos jours, plus de 90 % du commerce mondial se fait par voie maritime, notamment les deux tiers de l’approvisionnement mondial en pétrole. Le trafic maritime est la pierre angulaire de l’économie mondiale.

Notre époque n’est pas la première à être caractérisée par la mondialisation, mais ce qui fait qu’elle est unique, c’est la mesure dans laquelle la révolution de l’information a permis aux entreprises modernes de tirer parti des économies d’échelle et des avantages économiques concurrentiels à l’échelle mondiale. Grâce aux habiletés que vous employez quotidiennement et aux outils qui se trouvent à votre disposition, vos entreprises sont en mesure de fonctionner avec des stocks minuscules. C’est aussi grâce à la révolution des transports qui a découlé de l’invention du conteneur multimodal, à notre capacité de voir pratiquement la totalité de votre chaîne mondiale d’approvisionnement au fait que vous avez accès à des systèmes intégrés de logistique.

Vous utilisez des systèmes de communication mondiale instantanée pour envoyer des ordres de mise en production, littéralement de la caisse enregistreuse à l’usine, et pour effectuer toutes les transactions connexes avec vos fournisseurs. Ces commandes passent d’un continent à un autre par des câbles transocéaniques posés au fond de l’eau qui servent de principale autoroute à Internet. De plus, vous pouvez suivre les marchandises en transit, jusqu’au moindre conteneur, grâce aux satellites. Enfin, vous êtes en mesure d’organiser avec précision des transferts de marchandises entre vos réseaux maritime, ferroviaire, aérien et routier, afin d’assurer une circulation d’une vitesse jamais vue dans vos réseaux de fabrication et de distribution.

Et tout cela est possible parce que les océans sont à la portée de tous ceux qui veulent les utiliser de façon légitime. Il s’agit d’un droit fondamental consacré dans un traité international, le même traité qui a accordé au Canada un immense domaine océanique dans trois des océans du monde : deux d’entre eux, à l’est et à l’ouest, ont déjà façonné notre histoire; le troisième, au nord, façonnera profondément notre avenir.

Les océans ont jadis isolé les Canadiens de ce qui se passait au loin. Aujourd’hui, ils nous relient à un réseau vaste et complexe de relations – sociales, politiques, juridiques, économiques et financières – qui fait de nous des voisins de tous les peuples du monde.

Mais pas seulement des voisins. Le Canada fait partie des pays les plus mondialisés pratiquement de toutes les façons possibles. Non seulement notre économie s’est parfaitement intégrée à l’économie mondiale, mais à un degré plus profond, la société canadienne s’est elle‑même transformée à la suite d’une circulation jamais vue de richesses, de biens, de services, d’idées, de personnes et de cultures.

Bref, notre prospérité et notre sécurité sont profondément liées à un système mondial qui franchit toutes les limites nationales : un système qui dépend à différents degrés des espaces aériens, spatiaux et cybernétiques communs réglementés, mais qui ne fonctionnerait pas sans un espace océanique commun réglementé.

En fait, je crois qu’un espace océanique commun réglementé est un des biens les plus essentiels du 21e siècle. C’est un endroit où tous peuvent utiliser les océans pour des activités légitimes; où les richesses de la mer sont préservées et exploitées de manière écologique; où les océans eux-mêmes sont protégés de la pollution; où les eaux au pays et à l’étranger sont à l’abri des activités illégales et criminelles de plus en plus problématiques et qui s’orientent vers la mer; et où on défend le système mondial contre ceux qui menacent les piliers sur lesquels repose le bon ordre en mer.

Le Canada n’a pas vraiment d’autre choix que de défendre ce système fondé sur des règles : il est essentiel à notre industrie et aux richesses que nous créons. La défense de ce système est au cœur des valeurs et des normes des Canadiens, car il est essentiel à notre mode de vie.

Mission

Mesdames et messieurs, la Marine défend le Canada en défendant le système mondial au pays et à l’étranger, tant en mer que depuis la mer. C’est notre mission essentielle, notre contribution bien particulière à la prospérité, à la sécurité et à la protection des intérêts nationaux du Canada.

Vous avez surement déjà entendu les expressions « à domicile » et « à l’étranger »; deux métaphores empruntées du domaine des sports qui décrivent bien notre travail. Elles s’appliquent bien aux opérations terrestres, mais pas vraiment à l’environnement maritime. 

En effet, pour toutes les marines, il n’existe qu’une « partie », et elle se joue sur une surface interconnectée qui couvre 70 % du globe. Votre marine joue à la fois en attaque et en défense :

  • en faisant le bien dans l’intérêt national, en allégeant la souffrance et en prêtant main-forte après une catastrophe naturelle;

  • en rendant les océans sûrs pour le commerce maritime et les autres activités légitimes, tant à domicile qu’à l’étranger;

  • en contribuant à la sécurité nationale, en menant des opérations internationales, en instaurant et en favorisant la confiance entre les nations, en aidant d’autres nations à constituer leurs propres capacités en matière de sécurité maritime, en empêchant les conflits d’éclater quand c’est possible, en limitant leurs effets, comme en ce moment avec le NCSM Charlottetown au large de la Libye, mais en étant toujours prête à vaincre au combat en tant que dernier recours du pays, et ce, en collaboration avec nos partenaires et nos alliés;

  • et, enfin – puisque nous sommes un pays souverain – en surveillant nos eaux territoriales et en ayant la capacité d’agir seule dans les approches de nos trois océans afin de répondre au genre d’attaque qui peut se produire n’importe quand dans cette ère de mondialisation, comme nous l’ont brutalement rappelé les événements du 11 septembre.

Plates-formes

Le Canada possède une marine qui peut être déployée à l’échelle mondiale, contrôler ce qui se passe en mer et avoir une influence sur ce qui se passe à terre, et il continuera d’en avoir besoin. Nos outils de travail sont des navires, des aéronefs et des sous-marins. Laissez-moi vous parler de ce que nous faisons pour diriger notre flotte vers le futur.

Commençons par nos sous-marins de classe Victoria. Nous en avons quatre. Le Corner Brook est opérationnel dans le Pacifique. Il vient de terminer le voyage à partir d’Halifax au cours duquel il a exécuté une vaste gamme de missions, comme le montre la diapositive, et comme le doivent ces « forces spéciales » maritimes. Il a démontré que les sous-marins conventionnels de cette classe sont parmi les plus compétents au monde.

Sur la côte Ouest, le Victoria sera opérationnel en 2012. Il fera alors la démonstration de la capacité de lancement de torpilles lourdes des sous-marins de sa classe. Le Windsor suivra ses traces peu après sur la côte Est.

Pendant ce temps, le Chicoutimi a été livré dans un chantier naval civil de la côte Est, où a débuté un important transfert stratégique vers l’industrie des connaissances et le travail nécessaires à une maintenance en profondeur de nos sous‑marins.

La classe Victoria atteindra bientôt sa pleine capacité opérationnelle, une capacité sans égale dans l’arsenal des Forces canadiennes pour au moins les vingt prochaines années : un atout stratégique qui vient changer la donne dans n’importe quel théâtre d’opérations par sa simple présence, ou la croyance de sa présence.

La mise en application de la stratégie de défense du gouvernement Le Canada d’abord est déjà bien amorcée. La première frégate, le Halifax, a déjà été retirée des opérations de la flotte de l’Atlantique en vue de sa modernisation de mi-durée. Elle sera suivie l’année prochaine par le Calgary, la première frégate de la flotte du Pacifique.

Trois autres projets de la stratégie Le Canada d’abord – le Navire de soutien interarmées, le patrouilleur hauturier pour l’Arctique et le navire canadien de combat de surface – avancent bien selon la feuille de route établie pour la stratégie.

Cette feuille de route est cruciale pour la Marine, car la prochaine génération de navires de combat construits au Canada sera probablement encore en service en 2050. En fait, la création d’une marine représente une série de décisions valables pour une cinquantaine d’années et qui sont toutes d’une importance cruciale pour le gouvernement qui les prendra. Non seulement en raison de l’importance de l’investissement, mais parce que ces décisions détermineront, pour les années, à venir les options dont les prochains premiers ministres disposeront pour intervenir en cas d’incident.

Aucun plan, peu importe sa valeur, ne peut être mis en place sans les mécanismes essentiels d’une politique nationale, d’infrastructures industrielles adéquates et du savoir-faire des secteurs public et privé.

C’est pour cette raison que je ne soulignerai jamais assez l’importance de la Stratégie nationale d’approvisionnement en matière de construction navale du Canada. La construction navale n’est pas seulement du découpage d’acier. Elle fournit l’une des entreprises publiques-privées les plus importantes et complexes au Canada. Elle apporte à la marine certaines des machines les plus sophistiquées au monde. Construire de telles machines en respectant les délais et le budget n’est pas seulement une science. C’est un art. Et nous ne parlons pas seulement d’un investissement dans la marine, mais bien d’un investissement dans la nation proprement dite.

Pour passer de cette flotte efficace mais vieillissante que nous utilisons aujourd’hui à la flotte hautement compétente de demain dans un environnement maritime de plus en plus complexe et encombré, nous devrons travailler très fort. En termes simples, alors que les navires ou les sous-marins doivent subir périodiquement une maintenance en profondeur afin de les garder en état de combattre, on ne peut faire de même avec une flotte entière.

Le défi auquel nous serons confrontés au cours des prochaines années sera de réarmer notre flotte en mettant en œuvre la stratégie Le Canada d’abord – l’un des programmes les plus complets de modernisation et de renouvellement naval de notre histoire – tout en demeurant en ordre de bataille pour défendre le Canada tant au pays qu’à l’étranger, tant en mer que depuis la mer.

Nos membres

Une description de votre marine ne serait pas complète sans parler de nos membres. Et je ne peux pas en parler sans les vanter un tant soit peu. Bien d’autres l’ont dit avant moi, nos marins nous prouvent tous les jours qu’ils sont notre ressource la plus précieuse.

Comme professionnels de la mer, ils exercent leur métier dans les eaux les plus redoutables du monde – les trois océans qui bordent le Canada.

Comme professionnels de la guerre, ils sont insurpassables; leurs connaissances et leurs compétences sont recherchées pour diriger des opérations internationales, comme récemment dans la force opérationnelle multinationale 150, avec laquelle le Canada a dirigé une mission multinationale de lutte contre le terrorisme dans l’océan Indien.

Comme ambassadeurs, ils rappellent au monde ce que représente le Canada, par des actes et non par des paroles. Comme citoyens, ils acceptent de passer de longues périodes loin de leurs proches, parce qu’ils croient à ce qu’ils font.

Ils savent qu’ils appartiennent à une entité bien plus vaste que chacun de nous : une institution nationale qui rassemble des citoyens de tous les milieux et de toutes les régions du Canada. C’est ce qui les lie les uns aux autres dans un engagement envers leurs équipiers, le Service, la nation et les valeurs que non seulement nous faisons nôtres, mais que nous défendons et pour lesquelles nous sommes prêts à risquer nos vies et à nous battre.

Regard vers le passé et vers l’avenir

L’avenir de la marine est brillant et prometteur. Même si nous sommes actuellement sous‑représentés, des efforts visant à augmenter les effectifs de la marine sont en cours, et le succès ainsi que l’élan de ces efforts seront maintenus jusqu’à ce que nous ayons atteint notre plein potentiel. Le feu vert pour remplacer des éléments de la flotte vieillissante, reporté pendant des années, a maintenant été donné. Nous avons commencé, dans le cadre d’un effort pangouvernemental, à aller de l’avant avec le programme de construction navale dont notre pays a besoin depuis longtemps.

Nos yeux sont braqués vers l’avenir, mais le centenaire de la Marine, l’an dernier, nous a donné la chance de nous rappeler d’où nous venons.

Et quand je repense au premier siècle d’existence de notre service naval, ce qui me frappe, c’est de voir l’étroit parallèle qui existe entre l’histoire de la marine et celle de notre nation. 

Bien sûr, la décision de l’État de mettre sur pied un service naval national a été déterminante pour le jeune Dominion du Canada, qui a décidé de créer une capacité indépendante pour voir à sa propre défense maritime, si modeste était-elle au départ, mais aspirant clairement à s’illustrer au-delà de ses côtes.

Pays et marine ont tout deux atteint leur maturité en temps de guerre. On dit que c’est à la suite du sacrifice national, mais aussi de la victoire de la bataille de Vimy, durant la Première Guerre mondiale, que notre jeune nation a véritablement pris conscience de sa capacité, de son caractère et de son identité.

La Marine a assurément pris la mesure de sa capacité, de sa raison d’être profonde et de son identité au cours du long combat qu’elle a mené contre un adversaire résolu lors de la bataille de l’Atlantique, le plus grand péril qu’avait alors connu le Canada.

Bien entendu, la Marine était au poste bien avant la Seconde Guerre mondiale et elle l’a toujours été depuis, comme notre devise l’indique fièrement, « Prêt oui prêt » :

  • En Corée, pendant le premier conflit livré sous l’égide des Nations Unies, où elle a patrouillé près des côtes;

  • Pendant la longue période de la guerre froide, elle a mené une veille constante en mer;

  • Aujourd’hui encore, elle surveille avec une plus grande vigilance nos eaux territoriales et les eaux internationales, prête à intervenir en cas de piratage, de terrorisme ou de toute autre forme d’agression;

  • Aussi en faisant le bien dans le monde, comme elle l’a récemment fait dans la foulée du terrible tremblement de terre en Haïti.

Je vous décris là d’imposants antécédents de service, une vigie longue et constante que nous, qui arborons le nom « Canada » sur notre uniforme, exécutons avec grande fierté, sachant que la place qu’occupe le Canada dans le monde a été en partie gagnée grâce à la contribution et aux sacrifices des marins et des aviateurs qui nous ont précédés; et cette place, les hommes et les femmes qui servent aujourd’hui en mer font tout pour la maintenir, tant chez nous qu’à l’étranger.

Mesdames et messieurs, l’histoire du deuxième siècle de notre marine vient de commencer. Je ne peux prédire tous les défis qui nous attendent dans les décennies à venir. Tout comme sir Wilfrid Laurier ne le pouvait en 1910, lorsqu’en sa qualité de premier ministre du Canada il a mené jusqu’à la sanction royale la Loi du service naval.

Cependant, il avait une foi inébranlable dans ce que le Canada représentait, même à l’époque, et la vision qu’il avait de son pays était celle d’un chef de la collectivité internationale. Cette vision, notre marine a contribué à la réaliser, en temps de guerre comme en temps de paix, et elle continue de le faire aujourd’hui.

Cela suffit à me donner grandement confiance dans le deuxième siècle que nous entamons, parce que la vision de Laurier n’a rien perdu de sa pertinence et que les Canadiens continueront à s’efforcer de jouer un rôle influent, sachant que le monde sera le produit non pas de nos simples désirs, mais de ce que nous sommes prêts à faire de lui.

Mesdames et messieurs, merci de votre attention. Si vous avez des questions, je suis prêt à y répondre.


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Date de modification :
2011-09-06